
Ingénieur, ancien haut fonctionnaire, expert des mobilités et fin connaisseur de l’écosystème ITS, Hervé Philippe prend la présidence du Comité Scientifique et Technique (CST) de Mobil’in Pulse. Rencontre avec un homme qui voit dans ce nouveau rôle une façon de continuer à se mettre au service de l’intérêt général.
Pouvez-vous nous tracer les grandes lignes de votre carrière ?
Je suis aujourd’hui un jeune retraité, après avoir fait la quasi-totalité de ma carrière dans la fonction publique, après une formation à Polytechnique puis aux Ponts et Chaussées. J’ai commencé dans les infrastructures routières, comme responsable d’arrondissement au ministère de l’Équipement dans l’Aube, avant de réaliser une thèse sur l’intelligence artificielle au Laboratoire d’Automatique et d’Analyse des Systèmes qui m’a ensuite conduit au Laboratoire Central des Ponts et Chaussées. J’y ai travaillé sur la robotique de chantier puis sur les technologies et les méthodes de gestion de l’entretien des routes . Par la suite, j’ai retrouvé des fonctions plus opérationnelles au sein de la direction départementale de l’Équipement du Val-d’Oise, cette fois davantage tournées vers la maintenance et l’exploitation d’un réseau routier dense, notamment en voies rapides. Cette complémentarité entre conception et exploitation a été très enrichissante.
J’ai également vécu une expérience internationale marquante en Chine, où j’ai été détaché entre 2004 et 2008 dans le cadre d’une coopération entre ParisTech et onze universités d’excellence à Pékin, Shanghai, Nankin. L’objectif était de développer des partenariats académiques et de former des ingénieurs chinois selon nos méthodes. Cette mission s’est prolongée par plusieurs années sur place, durant lesquelles j’ai mené des activités de conseil, notamment pour accompagner une PME française spécialisée dans les infrastructures routières dans son implantation en Chine.
De retour en France en 2014, j’ai rejoint les équipes du ministère en charge des transports et de la mobilité. Dans le cadre de la mission « transports intelligents », nous avons contribué aux premières expérimentations de véhicules autonomes en France. C’est à cette occasion que j’ai découvert l’association ATEC ITS, qui engageait alors une réflexion de fond pour se repositionner au-delà des seules questions technologiques, vers une vision plus large des mobilités, en intégrant les usages. Le changement de nom en Mobil’in Pulse a été l’aboutissement de cette transformation. Cette période a été marquée par une forte dynamique autour des systèmes de transport intelligents, avec une question centrale : comment tirer parti des avancées technologiques pour améliorer concrètement les mobilités et les usages ?
Pourquoi avoir accepté de prendre la présidence du Comité Scientifique et Technique de Mobil’in Pulse ?
Tout au long de mon parcours, j’ai développé un attachement fort aux enjeux de mobilité, qui sont au cœur de la vie des citoyens comme des entreprises. Les infrastructures de transport structurent les territoires et conditionnent leur développement. J’ai toujours été animé par un souci de service public, et par la volonté de contribuer à améliorer ces systèmes complexes.
Aujourd’hui, je souhaite poursuivre cet engagement en mettant mon expérience au service de Mobil’in Pulse. Le secteur des mobilités est particulièrement riche, à la croisée d’enjeux technologiques, économiques, sociétaux et environnementaux. Il mobilise une grande diversité d’acteurs, publics comme privés, et nécessite des approches transversales.
Ce qui m’a particulièrement intéressé dans Mobil’in Pulse, c’est l’organisation en cinq grands pôles : le Congrès, la Revue TEC, les groupes de travail, ainsi que les activités plus récentes de formation et d’organisation de journées techniques et de webinaires. Le rôle du Comité Scientifique et Technique est, à mes yeux, de donner de la cohérence à cet ensemble, de faire émerger des lignes de force, et de favoriser les synergies entre ces différentes activités.
Je me vois avant tout comme une cheville ouvrière au service de ces pôles et de l’équipe. L’objectif est de travailler collectivement à identifier des priorités, à définir des orientations, et à construire une vision partagée. Cela passe aussi par un dialogue étroit avec l’équipe permanente de Mobil’in Pulse, que je connais bien et dont je salue l’implication.
Dans un écosystème très dense, Mobil’in Pulse a toute sa place en tant que lieu de réflexion et d’échanges, grâce à sa posture de neutralité. Il s’agit de renforcer cette position, de développer les partenariats, d’aller au contact des autres acteurs et de mieux faire connaître les travaux de l’association.
L’international constitue également un axe important. Il est essentiel de renforcer les liens avec les réseaux européens et les autres associations nationales ITS, de participer activement à leurs travaux et événements, et de contribuer à une meilleure visibilité des acteurs français, notamment dans les appels à projets européens.
Quelles sont, selon vous, les problématiques majeures qui traversent aujourd’hui le secteur des mobilités ?
Nous sommes dans une période de transformation profonde des systèmes de transport, avec des injonctions parfois contradictoires qui rendent l’exercice complexe. Trois grands défis me semblent structurants.
Le premier, c’est évidemment la décarbonation. Le changement climatique impose des transformations majeures, techniquement complexes et souvent coûteuses.
Le deuxième, c’est la contrainte budgétaire, qui pèse sur les investissements. Financer la transformation des mobilités dans un contexte de ressources publiques limitées est une équation difficile à résoudre et oblige à faire des choix.
Le troisième, c’est l’acceptabilité sociale. Les évolutions de nos systèmes de transport touchent directement les entreprises et les citoyens dans leur vie quotidienne, et elles ne peuvent réussir sans leur adhésion.
Ces trois dimensions, environnementale, économique et sociale, sont étroitement liées. Il est donc essentiel de mieux associer les parties prenantes, d’expliquer les enjeux, les bénéfices attendus, et parfois aussi les efforts, voire les sacrifices à consentir. C’est là que des structures comme Mobil’in Pulse ont un vrai rôle à jouer : porter des messages clairs, animer le débat, faire dialoguer acteurs publics et privés. C’est précisément ce à quoi j’entends contribuer, et c’est dans cet esprit que je souhaite inscrire l’action du Comité Scientifique et Technique.